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Charente (16) Angoulême arrondissement - 366
COMMUNE DE TOURRIERS
Si jamais, cher lecteur, la tarentule des voyages vient à
vous piquer, et que vous désiriez pousser vos
pérégrinations jusqu'à Tourriers, ce qui n'est pas le bout
du monde (dix-huit kilomètres d'Angoulême et six de
Saint-Amant), deux chemins vous y conduiront. Si vous
êtes mathématicien et que vous préfériez la ligne droite,
prenez la route de Paris. Mais vous la trouverez triste,
délaissée, à peine si vous rencontrerez quelques rares
piétons; quant aux voitures, nous n'en parlons pas: rara
avis sur cette route. Vous regretterez alors l'ancien
temps, les vieilles diligences, avec les postillons aux
allures bruyantes, peut-être même les anciens coucous
qui vous conduisaient pianissimo en trois semaines à
Paris, s'ils n'avaient pas versé en route. Vous regretterez
le mouvement, l'activité, les maréchaux ferrants, les
filles d'auberge, etc.,. et vous prononcerez peut-être ce
blasphème contre le progrès :
“Les chemins de fer sont détestables; le progrès est une
émanation infernale qui ne tend qu'à ruiner certaines
contrées et un grand nombre d'industries.”
Pour n'avoir pas le serrement de cœur de voir une aussi
belle route abandonnée, passez par Anais. Vous aurez
d'abord l'avantage de traverser un joli bourg et un beau
pays. Vous passez au pied des ruines du château de
Fayolle, folie faite par un seigneur qui voulait surpasser
le seigneur de La Rochefoucauld, du moins en
magnificence, et qui, malgré ses chambres dorées, se
trompa étrangement. (Voir la commune de Jauldes.) De
Fayolle on se rend à Tourriers par un mauvais chemin
à peine carrossable, et qui traverse le village de
Bouffanais (49 maisons, 179 habitants). Au lieu d'un
long cordon blanc figurant la route de Paris, vous aurez
des sentiers couverts, sinueux, pittoresques, quelquefois
difficiles; mais les émotions sont pour beaucoup dans
la vie du touriste. Arrivons enfin au chef-lieu de la
commune, quel que soit le chemin qui nous y conduise.
Tourriers était autrefois le siège d'une baronnie, ont dû pourrir bien des malheureux, et l'église, ancienne
dépendant du duché-pairie de La Rochefoucauld. On chapelle du château, c'est tout ce qui reste de la baronnie
y voit encore les restes du château qui fut construit avec de Tourriers.
les débris de celui d'Andonne. Le peu qui subsiste est
La superficie de la commune est de 979 hectares de
converti en granges, mais présente encore un caractère
bonnes terres, produisant en abondance des grains et
grandiose. On reconstruit par l'imagination cette
des vins estimés. Il y a peu de prairies naturelles, car le
demeure seigneuriale avec ses hautes murailles
ruisseau sans nom qui traverse la commune est à sec
crénelées, de deux mètres d'épaisseur, et ses salles
l'été. N'oublions pas d'indiquer au touriste amateur des
voûtées, où le jour pénétrait par d'étroites embrasures.
beaux points de vue la colline de la Touche, du haut de
Les voûtes sont écroulées; les bâtiments, mutilés,
laquelle on embrasse un splendide horizon.
servent de grange. Un cul de bas de fosse, dans lequel
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